gendarmerie, Prévention, sécurité routière

[SÉCURITÉ ROUTIÈRE] TOUT SAVOIR SUR LA VITESSE

La presse s’est fait l’écho, début janvier 2016, de deux accidents dramatiques en Seine-Maritime, comme elle l’a fait à de trop nombreuses reprises. Trop souvent, la vitesse est en cause. Nous nous proposons de faire un point sur le sujet et de répondre à bon nombre de vos questions.

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La vitesse et les accidents de la route

Sur 214 accidents corporels de la circulation intervenus en zone gendarmerie en Seine-Maritime en 2015, la vitesse intervient comme cause principale dans 96 accidents, soit dans 44,86% des cas.

Sur 21 accidents mortels (ayant causé la mort de 23 personnes) de la circulation intervenus en zone gendarmerie en Seine-Maritime en 2015 , la vitesse intervient comme cause principale dans 10 accidents, soit dans 47,62% des cas.

Quoiqu’en pensent donc certains, la vitesse est la première cause des accidents corporels et mortels et c’est, de plus, un facteur aggravant, comme nous le verrons plus loin.

Qu’est-ce qui nous permet d’avancer ces chiffres ?

La gendarmerie intervient sur tous les accidents corporels (et donc mortels). Son rôle est de :

- porter secours si elle arrive en premier sur les lieux (raison pour laquelle les gendarmes ont des notions de secourisme) ;

- éviter le sur-accident en protégeant les lieux ;

- rechercher les causes des accidents en conduisant une véritable enquête judiciaire (audition des témoins qu’ils aient été ou non dans les voitures accidentées, dépistages alcool et stupéfiants sur les conducteurs, constatations sur le lieu même de l’accident). Ainsi, les causes, les lieux (type de route en particulier), jour de la semaine, heures, … sont-ils enregistrés pour en tirer des conclusions et adapter les actions répressives comme préventives ;

- rechercher les responsabilités et relever les infractions ;

- rédiger un procès-verbal destiné à la justice et aux assurances.

La vitesse excessive, c’est quoi ?

C’est un dépassement de la vitesse autorisée, bien sûr, mais c’est aussi une vitesse inadaptée en raison des circonstances : pluie, route mouillée, brouillard, fort vent, zone de travaux, zone d’ accident, forte circulation, …

Et, au fait, les limitations de vitesse, quelles sont-elles ?

ATTENTION. A COMPTER DU 1ER JUILLET 2018? LES ROUTES SECONDAIRES SANS SÉPARATEUR CENTRAL SONT LIMITEES A 80 KM/H.

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jeune conducteur

Et surtout, la limitation de vitesse ne doit pas être comprise comme un objectif de vitesse à atteindre mais plutôt comme une vitesse maximale à ne pas dépasser.

 

Quels sont les dangers liés à la vitesse ?

« Oui mais moi, je sais conduire, j’ai une bonne voiture, j’ai l’ABS, j’ai le dernier système anti-blocage des roues, … » C’est bien connu, les chauffards, ce sont surtout les autres. Pourtant, nous sommes tous exposés aux même risques. Ils sont les suivants :

 

  • diminution du champ de vision

angle- À l’arrêt : votre angle de vision est de 180° ;
- À 40 km/h : votre angle de vision est de 100° ;conseils-dangers-vitesse

- À 100 km/h : votre angle de vision est de 45° ;
- À 130 km/h : votre angle de vision est réduit à 30°.

Plus on roule vite, plus la vision est dite « en tunnel »

  •  diminution de la distance d’arrêt

On appelle distance d’arrêt le temps de réaction (temps incompressible de 1 à 2 seconde pour un conducteur qui n’a pas en plus bu trop d’alcool ;)   auquel s’ajoute la distance nécessaire à votre voiture pour s’arrêter (dans le schéma ci-dessous, pour une voiture en bon état avec des pneumatiques et des freins en bon état…)

distances sécurité1

Vous le voyez, par temps de pluie, à 130 kilomètres/heure, il vous faut la longueur de 2 stades de foot pour vous arrêter (et « seulement » un stade et demi par temps secs). Vous comprenez mieux pourquoi il faut garder une distance de sécurité et ne pas coller à la voiture qui vous précède. (Ainsi, si l’on vous « colle » de trop, rabattez vous, laissez passez les fous). Vous comprenez également pourquoi, sur autoroute, il faut maintenir une distance au moins égale à deux lignes blanches de la bande d’arrêt d’urgence.

  • augmentation de la fatigue

On nous sert souvent la ritournelle suivante « quand on roule trop lentement, on s’ennuie et on s’endort ». Certes, mais quand on roule vite, on traite un grand nombre d’informations en un minimum de temps, on adapte sa vision en permanence et tout cela entraîne un stress et des efforts importants qui entraînent eux-même fatigue et perte de vigilance.

  • mais surtout, augmentation de la gravité de l’accident

Vous avez entendu parler de l’énergie cinétique ?

Une voiture qui roule possède une énergie dite cinétique qui dépend de sa masse et de sa vitesse

energie cinetique

C’est un peu complexe mais c’est essentiel pour comprendre que plus vous roulez vite, plus les conséquences sur les occupants des véhicules sont graves. Alors nous allons être un peu longs mais c’est là le nœud du problème : l’augmentation de la vitesse – même minime – a de très lourdes conséquences. Et, il est impératif de bien le comprendre.

Quand la voiture est ralentie normalement, elle rend cette énergie par le biais des freins qui la transforment en chaleur. Mais quand la voiture ralentit brutalement (choc), elle rend son énergie instantanément : une partie de l’énergie est absorbée par l’obstacle (mur cassé par exemple) et l’autre partie par la voiture elle-même (voiture tordue). La répartition dépend de l’obstacle : plus celui-ci est dur, moins il absorbe l’énergie (mieux vaut percuter un mur de mousse qu’un mur de béton). La personne dans la voiture possède aussi son énergie cinétique propre, qui est rendue dans les mêmes conditions.

Si la vitesse augmente, l’énergie cinétique augmente également : si la vitesse est multipliée par k, l’énergie cinétique est multipliée par k2 ; si la vitesse est doublée, l’énergie cinétique est multipliée par 4.

L’énergie cinétique étant proportionnelle au carré de la vitesse, celle-ci est un facteur aggravant. La violence des chocs et les conséquences corporelles des accidents en sont considérablement augmentés.

Les occupants d’une voiture en mouvement ne sont pas immobiles (par rapport à la route); par conséquent ils ont leur propre énergie cinétique. Si le mobile est stoppé brutalement (en rencontrant un obstacle) les passagers restent en mouvement jusqu’à ce qu’ils rencontrent eux-mêmes un obstacle (pare-brise, volant, tableau de bord, siège, …) et que leur énergie cinétique soit elle-même absorbée. Selon la violence du choc, il y a risque de blessures graves voire de décès.

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Les organes vitaux (le cœur, le foie, les poumons, le cerveau …) ont également leur propre énergie cinétique. Tout comme le passager se heurte au pare-brise, au tableau de bord … les organes se heurtent à la cage thoracique et à la boîte crânienne. Plus la vitesse est élevée, plus le choc est violent et moindres sont les chances de survie.
Déformation des structures avant, port de la ceinture de sécurité, airbag, permettent de limiter les conséquences des accidents frontaux, à condition que la vitesse, lors de l’impact, ne soit pas excessive.

risques

Résumons nous en quelques  schémas simples :

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 Rouler vite pour quel gain de temps ?

Rouen-Paris : 140 kilomètres

Si je roule en moyenne à 150 km/h au lieu de 130 km/h, je gagne…. 8 minutes!

Faites vous même le calcul en cliquant ici

Cela vaut-il vraiment la peine de prendre le risque ?

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 Voilà, vous savez tout (ou presque), alors que faire ?

- De la prévention, bien sûr. Et c’est l’objet de cette publication. Il faut faire comprendre que la vitesse représente un réel danger même si notre voiture moderne sans bruit, sans vibrations et suréquipée nous semble indestructible, et nous avec. Regardez les carcasses des voitures accidentées…

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D’ailleurs, n’hésitez pas : parlez de cet article, partagez le  et choisissez les amis et parents que vous aimez, auxquels vous tenez et dont vous savez qu’ils prennent des libertés avec la vitesse. C’est eux qu’il faut sensibiliser pour essayer de leur faire prendre du réel danger. Nous vous offrons les arguments.

- De la répression aussi. Nous allons en parler. Malheureusement, il est de nos concitoyens qui ragent plus à l’idée de perdre points, argent voire permis et même travail que de perdre leur vie (ou de la faire perdre aux autres) ou de ne plus jouir de leur intégrité physique (ou de compromettre celle des autres). Aussi incroyable que cela puisse paraître, la sanction inquiète parfois plus que le risque. Sans compter ceux que rien n’inquiète : ce sont les plus dangereux car ils osent tout et c’est à cela qu’on les reconnaît ;)

A propos de la répression : l’éthylotest est obligatoire dans les voitures mais aucune sanction n’est prévue => Qui a un éthylotest en état de marche ou avec une bonne date de péremption ? C’est bien la preuve que s’il n’y avait pas de sanction, la règle serait encore moins respectée.

 

Répression : que dit la Loi ?

SANCTIONS1

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 Le travail des gendarmes

vitesse

La mission des gendarmes, c’est la protection des personnes et des biens.

La sécurité routière est l’une des missions, par laquelle nous nous efforçons de vous protéger.

L’intervention sur un accident, la gestion des victimes et des familles meurtries ou endeuillées sont très loin de nous amuser. Rappelez vous cette publication sur le sujet en cliquant ici

Que de critiques sur notre action, nos prétendus quotas, notre supposé plaisir sadique de piéger les automobilistes pour avoir la joie de les verbaliser pour quelques kilomètres de trop : pas un repas de mariage, pas une réunion, pas une discussion sans que, dès que notre qualité de gendarme est connue, on ait le droit à la sempiternelle rengaine sur le 51, le 91, le 111 ou le 131 retenus. Alors, qu’en est-il ?

Le kilomètre de trop…

Avant tout, souvenez vous que le risque lié à la vitesse augmente de façon importante. Chaque kilomètre/heure de plus n’est pas neutre, nous venons de le voir.

  • le compteur : en général, « il vous ment ». Il surévalue en effet votre vitesse, justement pour vous éviter le désagrément d’une sanction.
  • le radar : lui, il est précis. Il est étalonné et vérifié chaque année. Mais il vous fait bénéficier d’une marge (voir tableau suivant).

tableau des vitesses

Autrement dit, quand il est reproché à un automobiliste de rouler à 91 km/h, il roule en réalité soit à 96 km/h (s’il a été pris par un radar fixe), soit à 102 km/h (s’il a été pris au radar mobile) et dans les deux cas, son compteur affiche une vitesse supérieure à la vitesse réelle.

 

 Les contrôles vitesse et les radars

vitesse

Il existe plusieurs types de radars et plusieurs sortes de contrôles :

     1/ le contrôle automatisé par radar fixe

Le système est totalement automatisé. Vous êtes prévenus d’une zone dangereuse. Les gendarmes n’interviennent en rien.

radar prévenu

Il s’agit de cabines (qui maintenant peuvent parfois prendre dans les deux sens de circulation)

radar fixe1 radar fixe2 radar fixe3

Il peut s’agir aussi de radars tronçons qui calculent votre vitesse moyenne entre deux points et vous flashent si cette vitesse moyenne est au dessus de la limitation de vitesse.

radar tronçon

 

Nous n’avons rien à vous cacher : vous pouvez trouver l’implantation des radars fixes sur internet en cliquant ici

2/ le contrôle automatisé par radar mobile

Ces radars sont entre les mains des gendarmes, et plus singulièrement de l’escadron départemental de sécurité (EDSR).

Ils sont de deux sortes :

- les radars embarquables et débarquables. Il y en a 8 en Seine-Maritime

radar 25

- les nouveaux radars, mobiles, qui sont installés à demeure dans des véhicules banalisés qui flashent le véhicules dans les deux sens de circulation (en rapprochement, et en éloignement). Il y en a 3 en Seine-Maritime.

radar mobile

Selon les observations faites des différents accidents (types de routes, jours de la semaine, heures, …), l’EDSR positionne ces radars dans les endroits dangereux, avec toutefois un certain nombre de contraintes techniques qui interdisent parfois la mise en ouvre d’un radar dans des endroits où il serait pourtant fort utile.

3/ le contrôle automatisé par radar fixe déplaçable de chantier

Ces radars, récents, sont positionnés sur des zones de travaux ou des zones de danger temporaire

Alice

CARTE ATB 2015 lourde

Pour ces radars également, la prise de vitesse est automatique et ils ne peuvent être réglés à une autre limitation de vitesse que celle qui s’applique effectivement à l’endroit de la mise en œuvre. Si un radar était réglé sur 130km/h sur une route limitée à 110 km/h, la procédure serait entachée d’irrégularité. Le contrevenant recevrait en effet son papier vert avec une limitation de vitesse erronée. Encore une fois, le système est totalement automatisé.

3/ Les contrôles avec interception

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Les unités de gendarmerie de la Seine-Maritime disposent de 35 radars de type ultralight, prolaser, eurolaser plus connus sous le nom de « jumelles ». L’utilisation de ces moyens de contrôle de la vitesse s’accompagne d’une interception par les gendarmes, avec en plus, un dépistage d’alcoolémie voire de stupéfiants, mais aussi un contrôle du véhicule et des documents que doit détenir le conducteur (permis de conduire, carte grise du véhicule et assurance).

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Avec ces radars, les unités de gendarmerie de la Seine-Maritime ont relevé 10 551 infractions à la vitesse durant l’année 2015 dont :

- 292 pour une vitesse supérieure de 50 km/h à la limitation de vitesse (2,77%) ;

- 555 pour une vitesse comprise entre 40 et 50 km/h au dessus de la limitation de vitesse (5,26%) ;

- 2176 pour une vitesse comprise entre 40 et 50 km/h au dessus de la limitation de vitesse (20,62%) ;

- 5934 pour une vitesse comprise entre 30 et 40 km/h au dessus de la limitation de vitesse (56,24%) ;

- 1139 pour une vitesse de moins de 20 km/h au dessus de la limitation de vitesse en agglomération (vitesse limitée à 50 km/h) : 10,8% ;

- 455 pour une vitesse de moins de 20 km/h au dessus de la limitation de vitesse hors agglomération (vitesse limitée> 50 km/h) : 4,31%

Autrement dit, les gendarmes interceptent les véhicules roulant à plus de 20 km/h au dessus de la limitation de vitesse dans 84,89% . En dessous de 20 km/h, cela ne représente que 15,11%  des infractions relevées avec interception. Et encore, dans 4,31% des cas seulement, hors agglomération.

Mais, c’est vrai que nous nous faisons discrets lors de ces contrôles car certains de nos concitoyens ne comprennent toujours pas que ce qui nous intéresse c’est de préserver la vie des automobilistes plutôt que de nous intéresser à leurs points, leur argent, leur permis. Ceux que nous visons, lors de ces contrôles, ce sont les chauffards qui roulent au mépris du risque qu’ils encourent et qu’ils font encourir à leurs passagers comme aux autres usagers de la route. Mais comme il existe des applications qui signalent notre présence et comme certains continuent à faire des appels de phare,  nous nous faisons discrets et nous changeons régulièrement d’emplacement au cours des services de contrôle.

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Les appels de phare permettent non seulement aux chauffards de passer au travers du contrôle, mais pensez bien au fait qu’ils permettent aussi aux malfaiteurs (cambrioleurs, kidnappeurs, voire terroristes), de prendre les chemins de traverse et d’ainsi nous échapper.

Après le contrôle

Vous pouvez vous dire que si vous avez été pris, c’est que vous étiez en infraction et que vous avez pris donc un risque inutile. Vous pouvez alors vous dire que c’est un avertissement désagréable mais que ça vaut mieux qu’un accident. Nous savons que certains continueront malgré tout à penser que « ce n’est pas quelques kilomètres de plus…. »

Et pour ceux qui s’estiment injustement pénalisés, vous pouvez même contester en ligne.

Pour finir

Nous avons essayé de vous montrer que la vitesse est la cause principale des accidents corporels. Chacun doit bien être conscient que , de surcroît, la vitesse est un facteur aggravant des accidents (énergie cinétique). Et enfin, comprenez bien que les gendarmes, dont la mission est d’assurer la protection des personnes et des biens ne sont guidés que par le souhait de lutter contre l’insécurité routière lorsqu’ils sont sur le bord de la route. Les seuls chiffres qui nous préoccupent en la matière sont les suivants : « ATB » pour Accidents-Tués-Blessés.

Voici le bilan de ces chiffres en zone de compétence de la gendarmerie nationale en Seine-Maritime depuis 20 ans.

ATB

Pour les tués, sachez qu’avant 2005, la statistique ne prenait en compte que les « morts à 6 jours », c’est à dire les personnes décédées consécutivement à un accident dans les 6 jours suivant. Depuis 2005, la statistique compte les « morts à 30 jours », ce qui rend la baisse du nombre de tués plus remarquable encore.

 

 

Nous espérons avoir été pédagogues et avoir fait œuvre de prévention alors ralentissez :

 

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A propos de gendarmerie de Seine-Maritime

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